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Ressources

Cette rubrique, qui s’étoffe sans cesse, comprend

  1. des conseils pour accompagner un enfant dans la lecture
  2. des exemples de médiation avec nos livres tactiles
  3. des conseils pour réaliser soi-même des livres et des jeux tactiles

En plus d’informations et de conseils, vous y trouverez des références, à lire et à télécharger.

Des conseils pour accompagner un enfant dans la lecture

Un enfant déficient visuel…

Dès 6 mois :

On peut commencer à donner à l’enfant des livres de premières lectures tactiles à toucher : des livres textiles à caresser, tapoter, gratter. Découvertes sensorielles avec les doigts… et les oreilles.

Par exemple : Toucher c’est jouer, ou certains titres de la collection Oukou Pata (Devine, Mes 5 sens, Les sons...)

À partir de 2-3 ans:

On privilégiera des livres tactiles avec des illustrations simples, de type symboliques. Ces illustrations seront rapidement comprises des enfants pour une lecture plaisir assez intuitive. L’effort cognitif est allégé.

Par exemple : Où es-tu, Lune?

À partir de 4-5 ans :

On pourra amener l’enfant progressivement vers des illustrations tactiles plus figuratives, plus proches des représentations des personnes voyantes, représentations que les enfants déficients visuels devront appréhender notamment lors de leur cursus scolaire.

Par exemple : Bébé Bizard, Bébé Lézard, Planète!

On pourra aussi accompagner les enfants vers d’autres types d’illustrations tactiles; des illustrations comprenant des manipulations, ou encore des illustrations haptiques où l’enfant avec ses doigts, se déplacera dans l’histoire comme s’il était le personnage principal ! 

Par exemple : Sur le chemin de la maison

Dans tous les cas ! 

Même si un enfant n’est pas encore en âge de savoir lire, il est important qu’il touche des caractères en Braille afin que se développent son sens tactile mais aussi sa conscience de l’écrit. Un enfant voyant baigne dans un univers avec des lettres inscrites partout. Ces signes progressivement prendront un sens pour lui. Il faut que l’enfant aveugle se familiarise, lui aussi, tout doucement à l’alphabet Braille. De plus, comme la lecture est une activité silencieuse, un enfant aveugle ne voit pas une personne lire dans sa tête. Il est important très tôt de lui faire prendre conscience de l’écrit et du Braille en lisant des livres tactiles illustrés et en Braille avec lui !

Un parent déficient visuel…

Des associations accompagnent les parents aveugles qui souhaitent lire à leurs enfants. Une séance de lecture avec un tout-petit ou un enfant plus grand représente un moment très fort de la parentalité.  Au-delà des livres tactiles adaptés et de l’offre des bibliothèques spécialisées comme la Bibliothèque braille enfantine, les parents peuvent eux-mêmes adapter des albums du commerce.

Comment ?

Grâce à des personnes voyantes, les parents insèreront des indices tactiles à chaque double page. Ils permettront de nommer à l’enfant ce qui est représenté dans l’illustration. Ils insèreront également des étiquettes transparentes en braille pour le texte.

Rappelons qu’un enfant peut sembler peu intéressé par un livre à un instant T et avoir une attitude très différente 15 jours plus tard. Pensons à proposer une offre variée et à ne pas écarter des livres trop rapidement.

Des exemples de médiation avec nos livres tactiles

Exemple d’utilisation d’un livre tactile comme médiateur en psychomotricité

Témoignage de Marjolaine Baillet, psychomotricienne à l’Institut National des Jeunes Aveugles, Paris (75) : En route pour « La chasse à l’ours » (décembre 2019)

photo témoignage médiation Chasse à l'Ours à l'INJA
Exercices de motricité avec “M” (petite garçon de 4 ans)  autour de la Chasse à l’ours, à l’INJA.

“Dans mon sac de psychomotricienne, travaillant dans un service de soin à domicile pour enfant déficient visuel de 0 à 6 ans, il y a toujours un livre, souvent tactile.  Il permet, un moment de la séance, de s’asseoir, autour de l’objet livre, de partager une histoire, éventuellement de travailler les domaines de la motricité fine, de l’exploration tactile, des coordinations bimanuelles, mais aussi un travail autour des représentations, des notions temporelles et spatiales. Pour certains enfants, c’est un moment de plaisir, rassurant, un domaine familier. Pour d’autres au contraire, peu habitués à écouter des histoires, à explorer un livre, cela peut s’avérer plus compliqué. En tous les cas, l’objet livre est utilisé comme un médiateur, contribuant à développer certaines compétences psychomotrices de l’enfant.

La parution de l’album tactile de « La chasse à l’ours » chez LDQR a ouvert d’autres possibles. Avec ce livre, classique de littérature jeunesse, on aborde de multiples notions : de déplacements variés, de succession, de trajet aller et retour; on joue sur des émotions comme la peur, la sécurité, le fait de pouvoir être rassuré… J’ai notamment pu utiliser cet album avec un petit garçon âgé de 4 (appelons le M) malvoyant profond, sur plusieurs séances. M aime beaucoup les livres, les histoires. C’est un domaine qui lui est familier et qui le motive à utiliser ses mains, ses doigts pour des activités fines, des explorations. Ce n’est pas le cas pour d’autres activités de manipulations ou de la vie quotidienne qui peuvent rapidement le mettre en difficulté.

Le temps de présentation de l’album :

Nous avons donc commencé par une présentation de l’album. M touche le braille et reconnais quelques lettres en gros caractère noir. La symbolisation des personnages permet de rentrer rapidement dans le récit et très vite M prend plaisir à manipuler les tubes personnages, à s’attribuer des rôles.

Mettre en rythme :

Dès le début du récit, j’ai introduit une chanson sur la partie répétitive du livre, «  on part à la chasse à l’ours, on va en prendre un très gros, la vie est belle on a peur de rien » tout en frappant sur ses cuisses, dans ses mains, ou d’autres parties du corps. L’enfant prenait plaisir à retrouver ce refrain, dynamisant, mais aussi se prêtait volontiers à des jeux de rythmes, jusque à varier les cadences en déplacements ou la lourdeur du pas.

Associer des expériences corporelles:

Lire l’histoire n’était pas tout, je voulais m’assurer de sa compréhension. Il est vrai que pour les jeunes enfants, les récits en randonnée présentent l’avantage de retrouver des évènements récurrents, rassurant les enfants et facilitant aussi la compréhension. Je voulais savoir si M faisait le lien entre les situations qu’il pouvait avoir vécu , et les évènements présentés dans le livre, si il pouvait associer une expérience sensori motrice aux situations présentées dans le livre.

Nous avons aussi pu profiter de quelques évènements climatiques pour aller patouiller dans la boue, et nous avons eu la chance d’avoir des chutes de neige pour écouter le bruit des pas quand on se déplace. L’idéal aurait été d’aller en forêt, dans des champs et de partir explorer une grotte mais le cadre de la séance a ses limites.

Proposer une entrée auditive : 

Un autre temps a pu être consacré à l’écoute des sons en lien avec le récit et à les associer aux expériences ; à les mettre en lien aussi avec des expériences vécues. Nous avons aussi pu entendre juste l’histoire contée sur enregistrement.

Représenter le récit :

Est ensuite venu le temps de construire un « parcours moteur », qui nous permettrait de faire semblant de partir à la chasse à l’ours. Le matériel à disposition : des matelas, tapis, tables chaises, couvertures demandaient un peu d’imagination. L’idée était de symboliser chaque espace, en essayant d’y trouver une propriété similaire à l’élément réel (serviette humide pour la rivière, matelas un peu mou en simili cuir collant pour la boue, rouleaux à la verticale pour symboliser la forêt……). Cela a demandé de mettre en œuvre une organisation spatiale du récit, mais aussi à M de s’engager corporellement pour déplacer le matériel de façon adaptée, en fonction d’un but précis (et donc de s’organiser corporellement pour faire glisser, porter, pousser, tirer, ou coopérer en se déplaçant en arrière, sur le côté….. mais aussi repérer la place du matériel pour participer au rangement en fonction de ses capacités)
Nous avons donc pu :

  • Travailler les conduites motrices de base (ramper, sauter, courir, quatre pattes), imaginer comment mettre en œuvre son corps pour faire semblant de nager,
  • Verbaliser comment traverser les herbes folles en étant obligé de lever les jambes pour ne pas trébucher, se rééquilibrer sans cesse pour ne pas tomber en traversant le matelas boue, slalomer autour des arbres rouleau sans les faire tomber,
  • Varier les cadences entre le voyage aller ou nous faisons semblant de partir conquérants et le retour empressé où nous jouons à être effrayé ( et finalement aussi verbaliser autour de ce qui peut faire peur, ce qui est rassurant ).

Travailler sur les sensations: 

Nous avons pu imaginer un parcours sensoriel pieds nus, pour enrichir encore les expériences sensorielles et podotactiles. M motivé par le thème « chasse à l’ours »a pu s’engager avec plaisir dans l’activité, affronter ses réticence en effleurant seulement les matières piquantes désagréables, travaillant en même temps sur la prise d’appui unipodal et les stratégies de rééquilibration. Nous avons pu mettre en lien le toucher manuel et pédestre pour favoriser aussi le lien haut bas du corps.

Faire une maquette :

Pour finir, nous sommes passés par la miniaturisation de notre parcours de Chasse à l ours, en utilisant du matériel miniature, pour varier les supports et représenter les notions de succession, ré évoquer le vécu.

Partager, inclure : 

Une fois M à l’aise avec les différents supports, nous avons invité d’autres enfants de la classe lors de notre séance pour que ce travail soit aussi vecteur de socialisation, de partage autour d’un patrimoine commun.
Cela a permis à M d être en situation de transmettre et d’apporter son savoir. Ces moments sont aussi vecteurs d’échanges sur les besoins spécifiques de M liés à la déficience visuelle.

Voilà quelques idées d’exploitations possibles autour d’un album tactile. De nombreuses pistes sont disponibles sur la toile, cet album étant largement exploité en maternelles. Avec d’autres enfants, l’exploitation a été différente, souvent moins poussée. Pour M, partir et revenir à l’album a été véritablement porteur, il a accepté de tenter des expériences nouvelles, tout en étant rassuré par un fil conducteur motivant. M grandissant, il n’est pas exclu que l’on puisse y revenir pour travailler d’autres domaines, autour du pré braille, du modelage, ou d’autres activités de motricité fines ou globales.”

 

Des conseils pour réaliser soi-même des livres et des jeux tactiles

Le contenu d’un album tactile est fonction de l’âge de l’enfant, de son handicap, de son niveau de développement et de son expérience.
Dans les albums pour les très jeunes enfants, il est important de suivre strictement certaines règles; au fur et à mesure que l’enfant grandit et que son expérience s’accroît, il sera possible “d’enfreindre” ces règles dans certains cas.

Façonnage :

  • il doit être robuste,
  • il doit avoir des pages rigides (cartonnées ou en tissu), aux coins arrondis,
  • la reliure doit permettre une ouverture horizontale des pages pour l’exploration tactile de chaque page et pour refermer correctement le livre.
  • le texte doit être en gros caractères (par ex. Arial 24) et en Braille
  • le texte doit toujours être sur les pages du même côté (toujours à gauche ou toujours à droite) et idem pour les illustrations
  • le format des pages varie selon l’âge de l’enfant ; pour les petits des pages de 15 x 15 cm puis 20×20, puis 25×25, puis 21 x 29,7, au fur et à mesure que l’enfant grandit et que ses capacités d’exploration augmentent.
  • le nombre de page est aussi fonction de l’âge de l’enfant ; on peut commencer par quelques pages (5-6) et en augmenter graduellement le nombre.
  • indiquez tactilement le bas de chaque page pour aider l’enfant à orienter le livre.

Intérieur :

  • il doit offrir toute sécurité : éviter les objets tranchants, les matériaux toxiques, les petits objets qui pourraient se détacher et être avalés, longs rubans, etc., qui pourraient étrangler. Utilisez des matériaux solides et sains, fermement attachés aux pages
  • pour les premiers livres, utilisez un seul petit objet par page ou plusieurs objets du même type
  • pour les premiers livres, utilisez des objets réels sur la page et progressivement passer aux représentations des objets, puis aux histoires et aux situations
  • au tout début, il peut être utile d’attacher les objets avec un velcro pour permettre à l’enfant de sentir l’objet dans le livre, mais aussi de l’en extraire, de l’explorer et de le reconnaître comme un objet réel (cela facilite le passage du réel à la représentation dans le livre et du volume au plan ou du 3D au 2D)
  • les illustrations doivent être pertinentes, claires et simples
  • les histoires doivent être assez simples pour être facilement comprises. Au début, les images et les histoires doivent être en lien avec la vie quotidienne et la réalité, puis on peut introduire l’imaginaire et plus tard des idées abstraites
  • évitez trop de détails sur la page
  • les illustrations doivent encourager la manipulation, être intéressantes et permettre l’interaction
  • les illustrations doivent être en lien avec une partie essentielle de l’histoire et compléter le texte
  • utilisez des matériaux multisensoriels qui stimulent non seulement le toucher mais aussi l’ouïe, l’odorat et les restes visuels si nécessaire
  • prenez en compte de bons contrastes entre les objets et entre les objets et le fond de page. Des matières réfléchissantes peuvent être très utiles mais certains enfants malvoyants sont gênés par tout ce qui éblouit
  • veillez aux forts contrastes des sensations tactiles des différentes textures
  • utiliser différentes textures pour représenter différentes parties d’un objet
  • assurez-vous que les détails sont facilement identifiables
  • laissez un espace suffisant entre deux éléments sur la page
  • évitez le chevauchement (éléments par dessus un autre qui le cache partiellement)
  • respectez les proportions et évitez la perspective
  • les personnages humains sont mieux représentés de face, alors que les animaux doivent être représentés de profil (avec 4 pattes)
  • si un personnage apparaît plus d’une fois dans l’histoire, il doit garder les mêmes caractéristiques
  • l’épaisseur des matériaux collés sur les pages doivent avoir une hauteur minimum de 1 mm